The CBMT en Irak

Pour le nouvel an et le début de l’année 2021, nous avons décidé d’aller au Kurdistan irakien. Région méconnue mais pourtant tant intéressante dans le cadre de notre projet au vu de son statut politique particulier et ses frontières. De plus, nous avions déjà eu une superbe expérience avec les Kurdes en Iran il y a trois ans, on a donc voulu cette fois-ci aller à leur rencontre du côté irakien. Enfin, dernier point et pas des moindres, la région a des montagnes splendides et surtout accueille le plus haut sommet irakien. Qui plus est, bien qu’entièrement en Irak, sa proximité avec l’Iran en fait un lieu encore plus intéressant. C’est comme ça qu’on s’est dit, allez hop, un défi de sommet de plus au compteur de CBMT, et pas des plus simples ! 😉

Est que le Kurdistan irakien est dangereux ?

L’Irak fait peur.

Mémorial de Halabja

Cette vision d’un pays en guerre perpétuelle est erronée. Déjà, tout l’Irak n’est pas dangereux et le Kurdistan irakien est même relativement stable avec une menace terroriste faible. Cela s’explique par la particularité de la région : elle jouit d’une très grande autonomie (que l’on développera plus tard dans l’article) ! Le Kurdistan a sa propre armée (les combattants sont appelés les peshmergas), il contrôle ses frontières, il a son propre parlement… Ainsi, bien que l’État islamique était aux portes du Kurdistan il y a quelques années, les djihadistes n’ont pas pu s’implanter dans la région. Les Kurdes ont toujours été un des meilleurs remparts face à Daesh que ce soit en Syrie ou en Irak.

Pourtant, sur la carte du ministère des Affaires Etrangères, l’entièreté de l’Irak est en zone « rouge », c’est à dire que l’Irak et le Kurdistan irakien sont « formellement déconseillés ». Cette décision est récente, elle a suivi l’attaque et l’assasinat de l’iranien Qassem Soleimani par les Etats-Unis sur le sol irakien en janvier 2020. Le risque de représailles iraniennes et le risque d’un basculement de la région dans une nouvelle guerre a incité le gouvernement français à placer le pays dans cette catégorie. Cependant, malgré la diminution de ce risque car cette intervention datait d’un an, le Kurdistan irakien demeure toujours en rouge sur la carte.

Ainsi, on peut dire que oui, lorsque l’on y était, le Kurdistan irakien n’est pas globalement dangereux d’un point de vue sécuritaire si on a l’habitude de voyager dans ce genre de régions en sachant que la situation peut évoluer et que l’on exerce une vigilance accrue sur certains points :

  • La situation politique dans le pays : notamment les manifestations dans la ville de Souleimaniye et les évolutions des rapports entre les deux principaux parties politiques de la région (PDK et UDK).
  • La présence de mines dans la nature aux alentours des frontières iraniennes (guerre Iran-Irak 1980-1988).
  • La zone frontalière avec la Turquie car les combattants du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) se cachent dans la zone montagneuse irako-turque, l’armée turque envoie alors régulièrement des raids militaires contre le PKK.
  • Un suivi de l’actualité politique et géopolitique de la région et de l’Irak en général.

Qui sont les Kurdes et qu’est-ce que le Kurdistan irakien?

Les Kurdes sont un peuple de 30 à 40 millions d’habitants qui sont répartis entre la Turquie, l’Iran, l’Irak et la Syrie. Peuple sans Etat, le sort des Kurdes reste un des problèmes majeurs du XXIe siècle.

A l’issue du démantèlement de l’Empire ottoman à la fin de la Première guerre mondiale, différents traités viennent définir les frontières actuelles. Alors que le traité de Sèvres en 1920 conclu entre les alliés victorieux et l’Empire ottoman prévoyait la création d’un territoire autonome kurde, le traité de Lausanne en 1923 rend caduc celui de Sèvres, et les espoirs des Kurdes sont alors anéantis. C’est ainsi que les Kurdes se retrouvent partagés entre quatre Etats.

Les Kurdes en Irak se vont vus reconnaitre une autonomie importante dans la région après des dizaines d’années d’oppression et même une tentative de génocide par Saddam Hussein (l’opération Anfal). Depuis 2005, le Kurdistan s’auto-administre sur la plupart des sujets. Il revendique même une indépendance totale vis-à-vis de Bagdad. A cet égard, un référendum a eu lieu en 2017 où 92% des Kurdes irakiens se sont prononcés en faveur de l’indépendance. Cependant, ce référendum n’a pas été accepté par l’Irak et les pays voisins. Depuis, la région continue donc de plaider pour son indépendance. On vous met une carte pour voir les limites de la région du Kurdistan et la répartition des zones de peuplement kurde entre les pays.

Sur place, on remarque rapidement que les Kurdes sont vraiment totalement différents des arabes irakiens. Tout d’abord, leur langue est le kurde. Nombre d’entre eux ne comprennent même pas l’arabe bien que ce soit la langue officielle de l’Irak avec le kurde. À Erbil, l’influence arabe est fortement présente (due à la présence de nombreux irakiens de Bagdad et du sud et de réfugiés syriens), et l’on a pu parfaitement se débrouiller grâce à notre arabe. Par contre, à l’extérieur de cette ville, on a eu plus de mal à communiquer car rare sont ceux qui pouvaient réellement parler anglais ou arabe et notre niveau de kurde n’a jamais excédé le « bonjour, merci, au revoir » 🙂

Le drapeau du Kurdistan

Qu’est-ce que l’on a fait ?

Il y a beaucoup à faire dans la région ! Nous avons passé deux semaines sur place mais on aurait pu passer bien plus de temps si on avait voulu tout faire (mais on préfère la qualité plutôt que la quantité) 😉

Voyages et rencontres

Alors évidemment, on a principalement voyagé dans la région. On a presque toujours dormi chez l’habitant et ce grâce à Couchsurfing (une application d’hébergement gratuite chez les habitants locaux). À Erbil (la capitale de la région), on était chez des Syriens qui ont fui la Syrie, à Halabja avec un couchsurfer et sa famille, à Koya avec des amis d’amis montagnards, à Soran avec un couchsurfer, à Choman avec la famille d’une amie d’un ami… On a pu tester la nourriture kurde (on recommande fortement le biryani kurde !), échanger sur le Kurdistan et l’avenir de la région, explorer la région à travers ses habitants. Bref, on a fait plein de rencontres supers et pour nous, c’est un des paramètres les plus importants dans le voyage :). L’hospitalité kurde nous a vraiment facilité le voyage car par contact de contact, on trouve toujours quelqu’un qui habite à l’endroit où l’on va et qui va nous aider.

Sinon pour les visites, on a beaucoup aimé la citadelle d’Erbil qui est l’une des villes les plus vieilles du monde toujours habitée. On vivait à Erbil dans le quartier chrétien de la ville (Hankawa). C’était assez impressionnent car vu que c’était juste après Noël, il y avait des décorations de Noël de partout et croyez-nous, beaucoup plus que chez nous ! Sinon, la visite de la région frontalière avec l’Iran de Hawraman était passionnante dans le cadre de notre projet. En effet, cette frontière est connue pour son trafic illégal : les trafiquants font des allers-retours entre l’Irak et l’Iran avec des produits interdits là-bas (principalement des biens de la vie de tous les jours introuvables en Iran à cause des sanctions internationales contre le pays mais aussi de l’alcool). C’était dingue de pouvoir voir ce trafic avec des Iraniens kurdes qui remontaient la montagne pour éviter les contrôles iraniens. Les trafiquants reviennent généralement avec de l’essence en provenance d’Iran (à moins de 5 centimes le litre, on comprend le fait de ne pas revenir les mains vides) et nos amis ont donc fait naturellement le plein dans cette région. Après une brève visite de Souleimaniye, deuxième ville de la région, nous nous sommes dirigés vers les montagnes Kurdes, au nord est du pays.

Montagnes

Les montagnes du nord de l’Irak sont vraiment splendides. A Choman, renommé le « Chomanix » du coin, le relief est escarpé, alpin, sauvage… De plus, c’est le point de départ de l’ascension du mont Halgurd, plus haut sommet du pays à 3607m d’altitude, devenu notre défi en ce début d’année. En réalité, le plus haut sommet est le Cheekah Dar qui fait office de frontière entre l’Irak et l’Irak, culminant 4 mètres plus haut que le Halgurd. L’impossibilité de le faire en raison d’un poste frontière iranien à son sommet fait que le Halgurd est communément présenté comme le plus haut d’Irak.

On a constitué une petite équipe pour y aller, on avait besoin de contacts kurdes pour passer les checkpoints militaires et savoir la localisation des mines. Voici un petit récit de notre ascension le 7 janvier. Réveil aux aurores et départ à 4h du matin !

La montée est très longue, normalement cela se fait en deux jours, mais avec Marie on a préféré partir tôt et le faire à la journée pour ne pas à avoir dormir trop haut et qu’il fait très froid là haut. On a chaussé les skis de randonnée vers les 2900m d’altitude et on a remonté un joli couloir. Si les considérations techniques vous intéressent, on a créé une sortie sur un site de montagne (l’itinéraire et notre sortie).

Nous sommes tous arrivés au sommet vers les 13h puis après une heure de photos à n’en plus finir, voire plus (nos amis auraient pu passer encore une heure de plus à en faire 😀 ), nous sommes descendus. On a beaucoup attendu avec Marie le reste de l’équipe car on était à skis et eux à pied haha donc on est arrivé au village de Choman seulement à 19h30. C’était une très longue journée mais ça en valait vraiment la peine, faire le plus haut sommet d’Irak, ça n’arrive pas tous les jours et c’était trop BEAU ❤

Après, nous sommes restés au Chamonix du coin chez la famille d’une amie et avons visité les environs avec eux. Le village est au milieu de toutes ces belles montagnes et cela nous a donné pleins idées d’autres ascensions à ski pour le futur 😉 (qui restent malheureusement compliquées en raison des mines). Enfin, après la visite de Soran, nous sommes rentrés à Erbil pour prendre un bus vers la Turquie et après 37h, on a fini par bien arriver à Istanbul !

Des grosses avancées pour le projet !

 Pour notre projet, la visite du Kurdistan Irakien était vraiment top. On a pu faire de la recherche sur la spécificité de la région du Kurdistan irakien, qui représente presque un pays dans un pays.

. L‘exploration des frontières et l’ascension du sommet Halgurd ont été un point fort du voyage car c’était un objectif qui nous semblait difficilement réalisable. La clé de la réussite a été la préparation à l’amont de l’ascension en trouvant des personnes qui ont pu nous aider à obtenir toutes les informations récentes et les autorisations militaires. Ils nous ont également aidé à éviter les champs de mines. Nous avons aussi dû skier sur la réserve car en cas d’accident, les secours sont très limités (les secours en hélicoptère sont presque impossibles du fait de la sensibilité de la zone, à proximité avec la frontière iranienne).

 Nous avons écrit un article sur des sites de montagne (camptocamp et skitour) pour rendre la région plus accessible. En effet, les infos sont très rares sur ce sommet, donc cela permettra à des étrangers d’organiser ce genre d’aventure plus facilement et surtout, cela donnera peut-être envie à d’autres de venir !

 Nous avons rencontré aussi les professeurs de la faculté de Sciences Politiques et de Relations Internationales de l’université de Soran en Irak car notre université Sciences Po Grenoble a récemment signé un partenariat afin d’échanger sur leur système universitaire et sur la situation régionale.

La suite de l’aventure dans les Balkans !

Nous écrivons cet article depuis la Bulgarie ! Après avoir rejoint Istanbul et pris le reste de nos affaires, nous avons pris un autre bus direction les Balkans. La saison d’hiver a commencé et nous avons plein de sommets de the CBMT à gravir ici.

2 commentaires sur « The CBMT en Irak »

  1. Merci pour ce passionnant article et les magnifiques photos qui nous font voyager et nous instruisent. Bon vent pour la suite, Cat

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  2. Vous êtes géniaux!!! C’est trop cool et agréable de vous lire! Profitez à fond, vous me faites rêver!!!! Gros bisous, prenez soin de vous!!

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