L’hiver dans les Balkans !

Cela fait un mois et demi que l’on est dans les Balkans et on s’est dit que ce serait bien de vous faire un petit récap de notre expérience ici ! 

Après le Kurdistan irakien, nous sommes retournés dans les Balkans mi-janvier dans le but d’y passer l’hiver pour faire l’ascension de nombreux sommets transfrontaliers et s’intéresser aux frontières de la région. On a commencé par trois semaines en Bulgarie, puis trois semaines en Macédoine du Nord et nous vous écrivons actuellement d’Albanie. 

Voici une carte montrant notre itinéraire ainsi que l’ascension de nos sommets transfrontaliers et le tour du lac transfrontalier !

Un séjour parfait en Macédoine du Nord

8 février – 26 février

Notre séjour en Macédoine du Nord a été incroyable que ce soit pour le pays lui-même, les nouvelles amitiés créées, les possibilités de ski, les rencontres avec les ONGs… Nous y avons passé trois semaines et nous aurions pu rester bien plus (enfin surtout à Tetovo, notre point de chute principal). Grâce à Goran, le président de la commission des guides de la Fédération macédonienne de montagne, on a pu faire de super rencontres tout au long de notre périple. Le pays est vraiment fascinant et regroupe tout ce que l’on aime dans le voyage !

Des montagnes superbes

Il y a plein de massifs dans le pays et les opportunités sont vraiment importantes ! Nous avons eu un coup de coeur pour la chaîne du Shar au nord-est du pays autour de Tetovo. Il y a beaucoup de sommets à faire avec des accès faciles et c’est trop beau. On avait notre « camp de base » à Tetovo et on gravitait autour de la ville.

Le ski de randonnée est très peu développé dans le coin, on était souvent seuls mais tout de même, il y a souvent des randonneurs avec des crampons. La randonnée hivernale est courante et ils sont courageux car quand il y a beaucoup de neige, cela peut s’avérer très physique ! Leur technique : y aller en groupe et créer des tranchées pour avancer. On a eu l’occasion de faire un atelier de présentation du ski de randonnée au club de montagne de Tetovo, en espérant que cela fera naître des envies car les potentialités sont multiples en Macédoine.

Une nourriture délicieuse

Parlons des « kafanas » ! Ce sont des sortes de restaurants traditionnels avec une décoration dans son jus et une ambiance des plus chaleureuses, où les Macédoniens se retrouvent pour manger, boire et faire la fête. En entrée avec les salades, toujours un raki (eau de vie) et de très bons vins pour accompagner les plats. On doit avouer qu’après la Turquie et la Bulgarie, quel bonheur de pouvoir prendre un café, manger au restaurant… (désolés de vous faire saliver, on espère que ça finira par arriver en France). 

Son histoire

Rien que le nom du pays est toute une histoire ! 

Depuis les accords de Prespa en 2019, le pays s’appelle Macédoine du Nord. Mais avant 2019, le pays s’appelait la “Macédoine” sauf que la majorité des pays ne reconnaissait pas ce nom et utilisait « Ancienne République Yougoslave de Macédoine » (ARYM). Pour mieux comprendre ces tensions autour du nom, il faut s’intéresser aux relations gréco-macédoniennes. En effet, en Grèce, il y a également une région qui s’appelle Macédoine et les Grecs dénoncent alors une appropriation culturelle de l’histoire antique de la Macédoine. Le lien entre la Macédoine antique et la Macédoine du Nord n’est pas évident, la première est hellénique tandis que la seconde est slave. Cette histoire qui semble être partagée a amené à de fortes tensions où la Grèce s’est fortement opposée à la tentative nationaliste de la Macédoine actuelle de transfigurer l’histoire en sa faveur. Cette politique s’est particulièrement exercée durant le mandat du Premier ministre Nikola Gruevski (déchu en 2014). Par exemple, dans le cadre du projet pharaonique Skopje 2014, le centre de Skopje (capitale de la Macédoine) a été complètement défiguré avec la construction de centaines de statues, des bâtiments de types baroques/rococo et d’impressionnantes statues d’Alexandre le Grand (dont les origines sont pourtant hellénophones)… Croyez-nous, on n’avait jamais vu autant de statues concentrées au même endroit ! Le Premier ministre a démissionné après des révélations de corruption puis a fui en Hongrie (chez un autre compatriote nationaliste :D).

En 2019, le Premier ministre actuel est parvenu à un compromis avec la Grèce en renommant le pays Macédoine du Nord, remettant en route le processus d’adhésion à l’Union Européenne*. 

*Bien que candidate depuis 2005 à l’UE, le processus d’adhésion de la Macédoine était entravé en partie par son différend avec la Grèce. En effet, pour qu’un pays devienne membre de l’UE, il faut un consensus de tous les pays membres. Notre rencontre avec le think tank « Eurothink » à Skopje nous a permis de mieux nous intéresser à cette question.

Une société multiculturelle

On va vous présenter l’exemple de Tetovo, qui est devenu notre point de chute principal en Macédoine. Alors que certains visiteurs pourraient clairement y rester une demi-journée, on y est resté au total 10 jours. Soyons honnêtes, cette pause allongée est due aux belles rencontres que l’on a fait là-bas et à sa proximité avec de nombreux sommets.

Entre Culi et Julie qui nous ont organisé un super emploi du temps, Marie et Robert nos hôtes de la semaine, et Blerina et Ellir, nos copains albanais, on a pu avoir plein de points de vue différents et mieux comprendre Tetovo ainsi que plus globalement la Macédoine. 

Tetovo est une ville spéciale en Macédoine car elle est peuplée majoritairement par des Albano-Macédoniens, ainsi que les villages environnants. Elle est même considérée comme la capitale non officielle des Albanais de Macédoine du Nord.

Le pays est majoritairement composé de Macédoniens, il y a un quart d’Albanais puis il y a des minorités turques, serbes, roms… On vous met une carte montrant la réparation des différentes communautés en Macédoine. Tetovo se trouve au nord-ouest de la Macédoine, à l’ouest de Skopje.

© Monde diplomatique

Qui sont les Albanais ? 

Outre l’Albanie, pays de 3 millions d’habitants, les Albanais sont également majoritairement présents au Kosovo et en Macédoine du Nord.

Le statut des Albano-Macédoniens est particulier, ces derniers ont obtenu beaucoup de droits lors des accords d’Ohrid en 2001.

Une « guerre civile » a opposé les forces rebelles albanaises et l’armée macédonienne en 2001 car les Albano-Macédoniens souhaitaient obtenir l’autonomie ou l’indépendance des régions peuplées d’Albanais. Les accords d’Ohrid en 2001 ont mis fin à ce conflit et ont établi que dans toute municipalité où 20% de la population appartient à une minorité, la langue minoritaire doit être adoptée comme langue officielle. Cela se traduit par exemple, à Tetovo, par le fait que tous les panneaux sont écrits en deux langues, à la fois en macédonien et en albanais. Autre exemple marquant, dans certains villages turcophones, c’est la langue turque qui est mise à l’honneur, et alors vous pourrez lire tous les panneaux en macédonien ou turc.

On a eu la chance de rencontrer Loja (Centre pour la coopération balkanique), une ONG à Tetovo qui promeut l’échange interculturel entre les différentes communautés. Ils développent des projets culturels et essayent d’influencer les politiques éducatives en Macédoine pour apprendre aux enfants et étudiants le vivre-ensemble. D’ailleurs si vous êtes intéressés, deux volontaires français et allemands viennent chaque année faire un volontariat par le biais du Service civique. Pour plus d’infos, contactez-nous et voici leur site : https://cbcloja.org.mk/.

Exploration des frontières

Sur la carte, vous pouvez voir la localisation de nos sommets transfrontaliers et du lac transfrontalier 🙂

Sinon, dans le cadre du projet d’exploration des frontières, nous avons gravi le Kitka en trail en suivant la frontière serbo-macédonienne avec un Serbo-Macédonien que Marjan nous a fait connaitre. Marjan, un super guide de montagne francophone de la région de Kumanovo, nous a fait visiter la ville et nous a mis en contact avec des gens autour du sommet. La région est intéressante car c’est ici que l’on trouve les minorités serbes du pays. On a ensuite été invités dans la famille de notre copain serbe et dans le cadre du projet, c’était franchement passionnant. Par exemple, quand on lui a dit qu’on allait aller au Kosovo, il nous a répondu « le Kosovo n’existe pas » (le Kosovo a fait sécession de la Serbie en 2008 et n’est pas reconnu par toute la communauté internationale). Pour les Serbes, le Kosovo est donc uniquement une région intégrante à la Serbie.

Nous avons également gravi le Ljuboten, sommet du projet the CBMT,  à la frontière du Kosovo et de la Macédoine. On a choisi de la gravir le jour de l’indépendance du Kosovo (17 février) car on savait que des Albanais du côté du Kosovo et du côté de la Macédoine se rejoignaient au sommet pour célébrer ce jour important ! Outre cela, la sortie est l’une des plus belles que l’on a fait à ski de rando dans le coin avec une vue sur toute la vallée du Polog (Macédoine) et sur le Kosovo. Nous avons écrit un topo et notre sortie sur un site de ski (ici). 

Enfin, pour changer de sport, nous avons décidé de faire le tour du lac d’Ohrid divisé entre la Macédoine et l’Albanie à vélo ! Le village d’Ohrid avec toutes ses églises, ses rues pavées et ses vues sur le lac est magnifique et on a eu de la chance de l’avoir pour nous tous seuls, car d’après les habitants, c’est pris d’assaut par les touristes l’été et cela ternit un peu le côté idyllique de l’endroit. On a fait le tour du lac en deux jours, en dormant du côté albanais et c’était très intéressant de voir les différences entre les deux rives ! Le côté albanais est plein de bunkers (on vous expliquera pourquoi dans un article spécial sur l’Albanie) et du côté macédonien, il y a plein d’édifices religieux (mosquées, monastères, églises…). Des deux côtés, les déchets, eux, ils sont là :(. 

Ski, ski, ski en Bulgarie

17 janvier – 8 février

Avant la Macédoine, on était en Bulgarie ! 

On a passé presque trois semaines dans le pays où l’on a principalement fait du ski de randonnée. La Bulgarie est un pays avec une réelle culture montagnarde : la quantité de refuges de montagne disséminés littéralement de partout en témoigne. Les possibilités de ski de rando sont énormes et il y a en pour tous les goûts : sortie à la journée, raid à ski, ski de pente raide, ski-alpinisme… La pratique du ski de rando est bien répandue et il n’est pas rare de ne pas être tout seul à ski sur une montagne (contrairement à la majorité des autres pays des Balkans où nous sommes passés).

Nous avons gravité principalement sur deux massifs du pays : le Pirin et le Rila. Nous avons connu des épisodes neigeux assez intenses où l’on a pu avoir des sorties full peuf. Ici, la neige est bien plus légère qu’en France, le froid lors des chutes de neige crée une neige avec un très fort pourcentage d’air entre les flocons. Du coup, avec des volumes allant jusqu’à 70cm que l’on a pu avoir, il y a des jours où on a vraiment eu le sentiment de nager/voler dans la neige ! Mais la situation était vraiment avalancheuse, ce qui nous a empêchés de nous aventurer sur des pentes raides, plus propices aux avalanches, nous sommes donc restés quelques jours à faire du ski-sapin dans la forêt. On a passé pas mal de temps dans des refuges qui sont presque tous gardés, on les utilisait comme camp de base pour aller explorer les montagnes environnantes et les refuges souvent vraiment très cool : confort, ambiance sympa, douche chaude, prix de la bière entre 1-1.5€, bref on peut y rester longtemps ! 

Nous avons fini notre séjour ici avec l’ascension du plus haut sommet des Balkans (et de Bulgarie par conséquent), le Mousala à 2925m d’altitude. La course pour atteindre le sommet est variée, une super sortie de ski de rando avec un final sur une belle arête (protégée par des câbles, fréquentation oblige… dommage !) et une vue du sommet qui s’étend jusqu’au mont Olympe en Grèce ! Nous n’avons pas skié depuis le sommet à cause de l’instabilité du manteau neigeux mais des superbes couloirs se font depuis le sommet (assez raides mais pas extrêmes). La descente à ski après l’arête était géniale, neige topissime avec un décor 5 étoiles.

Entre quelques sorties de ski, on en a également profité pour visiter Sofia (la capitale), Plovdiv (la deuxième plus grande ville), qui est la ville européenne la plus anciennement habitée ainsi que quelques monastères. Malheureusement, en raison de la pandémie, ces villes manquaient un peu de vie et de dynamisme, mais cela nous donne une bonne raison pour revenir :). Nous n’avons pas eu l’occasion de devenir spécialistes de la nourriture bulgare, les restaurants, cafés et bars étaient fermés. Mais on s’est bien rattrapés en Macédoine héhé comme vous avez pu le voir !

Et pour finir, la photo d’un copain qui nous a rendu visite ! 🙂

Un commentaire sur « L’hiver dans les Balkans ! »

  1. Bonjour à vous deux,
    Je viens de lire votre article, il est très bien écrit je vous en félicite.
    Toutes ces histoires et péripéties me donnent envie de voyage, de café et de restaurant mais malheureusement j’habite en France donc je ne peux que me délecter de votre récit !
    J’ai hâte de suivre la suite de vos aventures pour me faire rêver et voyager avec vous.
    Bien à vous,
    Tout le bonheur du monde
    Un ami

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