L’hiver dans les Balkans !

Cela fait un mois et demi que l’on est dans les Balkans et on s’est dit que ce serait bien de vous faire un petit récap de notre expérience ici ! 

Après le Kurdistan irakien, nous sommes retournés dans les Balkans mi-janvier dans le but d’y passer l’hiver pour faire l’ascension de nombreux sommets transfrontaliers et s’intéresser aux frontières de la région. On a commencé par trois semaines en Bulgarie, puis trois semaines en Macédoine du Nord et nous vous écrivons actuellement d’Albanie. 

Voici une carte montrant notre itinéraire ainsi que l’ascension de nos sommets transfrontaliers et le tour du lac transfrontalier !

Un séjour parfait en Macédoine du Nord

8 février – 26 février

Notre séjour en Macédoine du Nord a été incroyable que ce soit pour le pays lui-même, les nouvelles amitiés créées, les possibilités de ski, les rencontres avec les ONGs… Nous y avons passé trois semaines et nous aurions pu rester bien plus (enfin surtout à Tetovo, notre point de chute principal). Grâce à Goran, le président de la commission des guides de la Fédération macédonienne de montagne, on a pu faire de super rencontres tout au long de notre périple. Le pays est vraiment fascinant et regroupe tout ce que l’on aime dans le voyage !

Des montagnes superbes

Il y a plein de massifs dans le pays et les opportunités sont vraiment importantes ! Nous avons eu un coup de coeur pour la chaîne du Shar au nord-est du pays autour de Tetovo. Il y a beaucoup de sommets à faire avec des accès faciles et c’est trop beau. On avait notre « camp de base » à Tetovo et on gravitait autour de la ville.

Le ski de randonnée est très peu développé dans le coin, on était souvent seuls mais tout de même, il y a souvent des randonneurs avec des crampons. La randonnée hivernale est courante et ils sont courageux car quand il y a beaucoup de neige, cela peut s’avérer très physique ! Leur technique : y aller en groupe et créer des tranchées pour avancer. On a eu l’occasion de faire un atelier de présentation du ski de randonnée au club de montagne de Tetovo, en espérant que cela fera naître des envies car les potentialités sont multiples en Macédoine.

Une nourriture délicieuse

Parlons des « kafanas » ! Ce sont des sortes de restaurants traditionnels avec une décoration dans son jus et une ambiance des plus chaleureuses, où les Macédoniens se retrouvent pour manger, boire et faire la fête. En entrée avec les salades, toujours un raki (eau de vie) et de très bons vins pour accompagner les plats. On doit avouer qu’après la Turquie et la Bulgarie, quel bonheur de pouvoir prendre un café, manger au restaurant… (désolés de vous faire saliver, on espère que ça finira par arriver en France). 

Son histoire

Rien que le nom du pays est toute une histoire ! 

Depuis les accords de Prespa en 2019, le pays s’appelle Macédoine du Nord. Mais avant 2019, le pays s’appelait la “Macédoine” sauf que la majorité des pays ne reconnaissait pas ce nom et utilisait « Ancienne République Yougoslave de Macédoine » (ARYM). Pour mieux comprendre ces tensions autour du nom, il faut s’intéresser aux relations gréco-macédoniennes. En effet, en Grèce, il y a également une région qui s’appelle Macédoine et les Grecs dénoncent alors une appropriation culturelle de l’histoire antique de la Macédoine. Le lien entre la Macédoine antique et la Macédoine du Nord n’est pas évident, la première est hellénique tandis que la seconde est slave. Cette histoire qui semble être partagée a amené à de fortes tensions où la Grèce s’est fortement opposée à la tentative nationaliste de la Macédoine actuelle de transfigurer l’histoire en sa faveur. Cette politique s’est particulièrement exercée durant le mandat du Premier ministre Nikola Gruevski (déchu en 2014). Par exemple, dans le cadre du projet pharaonique Skopje 2014, le centre de Skopje (capitale de la Macédoine) a été complètement défiguré avec la construction de centaines de statues, des bâtiments de types baroques/rococo et d’impressionnantes statues d’Alexandre le Grand (dont les origines sont pourtant hellénophones)… Croyez-nous, on n’avait jamais vu autant de statues concentrées au même endroit ! Le Premier ministre a démissionné après des révélations de corruption puis a fui en Hongrie (chez un autre compatriote nationaliste :D).

En 2019, le Premier ministre actuel est parvenu à un compromis avec la Grèce en renommant le pays Macédoine du Nord, remettant en route le processus d’adhésion à l’Union Européenne*. 

*Bien que candidate depuis 2005 à l’UE, le processus d’adhésion de la Macédoine était entravé en partie par son différend avec la Grèce. En effet, pour qu’un pays devienne membre de l’UE, il faut un consensus de tous les pays membres. Notre rencontre avec le think tank « Eurothink » à Skopje nous a permis de mieux nous intéresser à cette question.

Une société multiculturelle

On va vous présenter l’exemple de Tetovo, qui est devenu notre point de chute principal en Macédoine. Alors que certains visiteurs pourraient clairement y rester une demi-journée, on y est resté au total 10 jours. Soyons honnêtes, cette pause allongée est due aux belles rencontres que l’on a fait là-bas et à sa proximité avec de nombreux sommets.

Entre Culi et Julie qui nous ont organisé un super emploi du temps, Marie et Robert nos hôtes de la semaine, et Blerina et Ellir, nos copains albanais, on a pu avoir plein de points de vue différents et mieux comprendre Tetovo ainsi que plus globalement la Macédoine. 

Tetovo est une ville spéciale en Macédoine car elle est peuplée majoritairement par des Albano-Macédoniens, ainsi que les villages environnants. Elle est même considérée comme la capitale non officielle des Albanais de Macédoine du Nord.

Le pays est majoritairement composé de Macédoniens, il y a un quart d’Albanais puis il y a des minorités turques, serbes, roms… On vous met une carte montrant la réparation des différentes communautés en Macédoine. Tetovo se trouve au nord-ouest de la Macédoine, à l’ouest de Skopje.

© Monde diplomatique

Qui sont les Albanais ? 

Outre l’Albanie, pays de 3 millions d’habitants, les Albanais sont également majoritairement présents au Kosovo et en Macédoine du Nord.

Le statut des Albano-Macédoniens est particulier, ces derniers ont obtenu beaucoup de droits lors des accords d’Ohrid en 2001.

Une « guerre civile » a opposé les forces rebelles albanaises et l’armée macédonienne en 2001 car les Albano-Macédoniens souhaitaient obtenir l’autonomie ou l’indépendance des régions peuplées d’Albanais. Les accords d’Ohrid en 2001 ont mis fin à ce conflit et ont établi que dans toute municipalité où 20% de la population appartient à une minorité, la langue minoritaire doit être adoptée comme langue officielle. Cela se traduit par exemple, à Tetovo, par le fait que tous les panneaux sont écrits en deux langues, à la fois en macédonien et en albanais. Autre exemple marquant, dans certains villages turcophones, c’est la langue turque qui est mise à l’honneur, et alors vous pourrez lire tous les panneaux en macédonien ou turc.

On a eu la chance de rencontrer Loja (Centre pour la coopération balkanique), une ONG à Tetovo qui promeut l’échange interculturel entre les différentes communautés. Ils développent des projets culturels et essayent d’influencer les politiques éducatives en Macédoine pour apprendre aux enfants et étudiants le vivre-ensemble. D’ailleurs si vous êtes intéressés, deux volontaires français et allemands viennent chaque année faire un volontariat par le biais du Service civique. Pour plus d’infos, contactez-nous et voici leur site : https://cbcloja.org.mk/.

Exploration des frontières

Sur la carte, vous pouvez voir la localisation de nos sommets transfrontaliers et du lac transfrontalier 🙂

Sinon, dans le cadre du projet d’exploration des frontières, nous avons gravi le Kitka en trail en suivant la frontière serbo-macédonienne avec un Serbo-Macédonien que Marjan nous a fait connaitre. Marjan, un super guide de montagne francophone de la région de Kumanovo, nous a fait visiter la ville et nous a mis en contact avec des gens autour du sommet. La région est intéressante car c’est ici que l’on trouve les minorités serbes du pays. On a ensuite été invités dans la famille de notre copain serbe et dans le cadre du projet, c’était franchement passionnant. Par exemple, quand on lui a dit qu’on allait aller au Kosovo, il nous a répondu « le Kosovo n’existe pas » (le Kosovo a fait sécession de la Serbie en 2008 et n’est pas reconnu par toute la communauté internationale). Pour les Serbes, le Kosovo est donc uniquement une région intégrante à la Serbie.

Nous avons également gravi le Ljuboten, sommet du projet the CBMT,  à la frontière du Kosovo et de la Macédoine. On a choisi de la gravir le jour de l’indépendance du Kosovo (17 février) car on savait que des Albanais du côté du Kosovo et du côté de la Macédoine se rejoignaient au sommet pour célébrer ce jour important ! Outre cela, la sortie est l’une des plus belles que l’on a fait à ski de rando dans le coin avec une vue sur toute la vallée du Polog (Macédoine) et sur le Kosovo. Nous avons écrit un topo et notre sortie sur un site de ski (ici). 

Enfin, pour changer de sport, nous avons décidé de faire le tour du lac d’Ohrid divisé entre la Macédoine et l’Albanie à vélo ! Le village d’Ohrid avec toutes ses églises, ses rues pavées et ses vues sur le lac est magnifique et on a eu de la chance de l’avoir pour nous tous seuls, car d’après les habitants, c’est pris d’assaut par les touristes l’été et cela ternit un peu le côté idyllique de l’endroit. On a fait le tour du lac en deux jours, en dormant du côté albanais et c’était très intéressant de voir les différences entre les deux rives ! Le côté albanais est plein de bunkers (on vous expliquera pourquoi dans un article spécial sur l’Albanie) et du côté macédonien, il y a plein d’édifices religieux (mosquées, monastères, églises…). Des deux côtés, les déchets, eux, ils sont là :(. 

Ski, ski, ski en Bulgarie

17 janvier – 8 février

Avant la Macédoine, on était en Bulgarie ! 

On a passé presque trois semaines dans le pays où l’on a principalement fait du ski de randonnée. La Bulgarie est un pays avec une réelle culture montagnarde : la quantité de refuges de montagne disséminés littéralement de partout en témoigne. Les possibilités de ski de rando sont énormes et il y a en pour tous les goûts : sortie à la journée, raid à ski, ski de pente raide, ski-alpinisme… La pratique du ski de rando est bien répandue et il n’est pas rare de ne pas être tout seul à ski sur une montagne (contrairement à la majorité des autres pays des Balkans où nous sommes passés).

Nous avons gravité principalement sur deux massifs du pays : le Pirin et le Rila. Nous avons connu des épisodes neigeux assez intenses où l’on a pu avoir des sorties full peuf. Ici, la neige est bien plus légère qu’en France, le froid lors des chutes de neige crée une neige avec un très fort pourcentage d’air entre les flocons. Du coup, avec des volumes allant jusqu’à 70cm que l’on a pu avoir, il y a des jours où on a vraiment eu le sentiment de nager/voler dans la neige ! Mais la situation était vraiment avalancheuse, ce qui nous a empêchés de nous aventurer sur des pentes raides, plus propices aux avalanches, nous sommes donc restés quelques jours à faire du ski-sapin dans la forêt. On a passé pas mal de temps dans des refuges qui sont presque tous gardés, on les utilisait comme camp de base pour aller explorer les montagnes environnantes et les refuges souvent vraiment très cool : confort, ambiance sympa, douche chaude, prix de la bière entre 1-1.5€, bref on peut y rester longtemps ! 

Nous avons fini notre séjour ici avec l’ascension du plus haut sommet des Balkans (et de Bulgarie par conséquent), le Mousala à 2925m d’altitude. La course pour atteindre le sommet est variée, une super sortie de ski de rando avec un final sur une belle arête (protégée par des câbles, fréquentation oblige… dommage !) et une vue du sommet qui s’étend jusqu’au mont Olympe en Grèce ! Nous n’avons pas skié depuis le sommet à cause de l’instabilité du manteau neigeux mais des superbes couloirs se font depuis le sommet (assez raides mais pas extrêmes). La descente à ski après l’arête était géniale, neige topissime avec un décor 5 étoiles.

Entre quelques sorties de ski, on en a également profité pour visiter Sofia (la capitale), Plovdiv (la deuxième plus grande ville), qui est la ville européenne la plus anciennement habitée ainsi que quelques monastères. Malheureusement, en raison de la pandémie, ces villes manquaient un peu de vie et de dynamisme, mais cela nous donne une bonne raison pour revenir :). Nous n’avons pas eu l’occasion de devenir spécialistes de la nourriture bulgare, les restaurants, cafés et bars étaient fermés. Mais on s’est bien rattrapés en Macédoine héhé comme vous avez pu le voir !

Et pour finir, la photo d’un copain qui nous a rendu visite ! 🙂

The CBMT en Irak

Pour le nouvel an et le début de l’année 2021, nous avons décidé d’aller au Kurdistan irakien. Région méconnue mais pourtant tant intéressante dans le cadre de notre projet au vu de son statut politique particulier et ses frontières. De plus, nous avions déjà eu une superbe expérience avec les Kurdes en Iran il y a trois ans, on a donc voulu cette fois-ci aller à leur rencontre du côté irakien. Enfin, dernier point et pas des moindres, la région a des montagnes splendides et surtout accueille le plus haut sommet irakien. Qui plus est, bien qu’entièrement en Irak, sa proximité avec l’Iran en fait un lieu encore plus intéressant. C’est comme ça qu’on s’est dit, allez hop, un défi de sommet de plus au compteur de CBMT, et pas des plus simples ! 😉

Est que le Kurdistan irakien est dangereux ?

L’Irak fait peur.

Mémorial de Halabja

Cette vision d’un pays en guerre perpétuelle est erronée. Déjà, tout l’Irak n’est pas dangereux et le Kurdistan irakien est même relativement stable avec une menace terroriste faible. Cela s’explique par la particularité de la région : elle jouit d’une très grande autonomie (que l’on développera plus tard dans l’article) ! Le Kurdistan a sa propre armée (les combattants sont appelés les peshmergas), il contrôle ses frontières, il a son propre parlement… Ainsi, bien que l’État islamique était aux portes du Kurdistan il y a quelques années, les djihadistes n’ont pas pu s’implanter dans la région. Les Kurdes ont toujours été un des meilleurs remparts face à Daesh que ce soit en Syrie ou en Irak.

Pourtant, sur la carte du ministère des Affaires Etrangères, l’entièreté de l’Irak est en zone « rouge », c’est à dire que l’Irak et le Kurdistan irakien sont « formellement déconseillés ». Cette décision est récente, elle a suivi l’attaque et l’assasinat de l’iranien Qassem Soleimani par les Etats-Unis sur le sol irakien en janvier 2020. Le risque de représailles iraniennes et le risque d’un basculement de la région dans une nouvelle guerre a incité le gouvernement français à placer le pays dans cette catégorie. Cependant, malgré la diminution de ce risque car cette intervention datait d’un an, le Kurdistan irakien demeure toujours en rouge sur la carte.

Ainsi, on peut dire que oui, lorsque l’on y était, le Kurdistan irakien n’est pas globalement dangereux d’un point de vue sécuritaire si on a l’habitude de voyager dans ce genre de régions en sachant que la situation peut évoluer et que l’on exerce une vigilance accrue sur certains points :

  • La situation politique dans le pays : notamment les manifestations dans la ville de Souleimaniye et les évolutions des rapports entre les deux principaux parties politiques de la région (PDK et UDK).
  • La présence de mines dans la nature aux alentours des frontières iraniennes (guerre Iran-Irak 1980-1988).
  • La zone frontalière avec la Turquie car les combattants du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) se cachent dans la zone montagneuse irako-turque, l’armée turque envoie alors régulièrement des raids militaires contre le PKK.
  • Un suivi de l’actualité politique et géopolitique de la région et de l’Irak en général.

Qui sont les Kurdes et qu’est-ce que le Kurdistan irakien?

Les Kurdes sont un peuple de 30 à 40 millions d’habitants qui sont répartis entre la Turquie, l’Iran, l’Irak et la Syrie. Peuple sans Etat, le sort des Kurdes reste un des problèmes majeurs du XXIe siècle.

A l’issue du démantèlement de l’Empire ottoman à la fin de la Première guerre mondiale, différents traités viennent définir les frontières actuelles. Alors que le traité de Sèvres en 1920 conclu entre les alliés victorieux et l’Empire ottoman prévoyait la création d’un territoire autonome kurde, le traité de Lausanne en 1923 rend caduc celui de Sèvres, et les espoirs des Kurdes sont alors anéantis. C’est ainsi que les Kurdes se retrouvent partagés entre quatre Etats.

Les Kurdes en Irak se vont vus reconnaitre une autonomie importante dans la région après des dizaines d’années d’oppression et même une tentative de génocide par Saddam Hussein (l’opération Anfal). Depuis 2005, le Kurdistan s’auto-administre sur la plupart des sujets. Il revendique même une indépendance totale vis-à-vis de Bagdad. A cet égard, un référendum a eu lieu en 2017 où 92% des Kurdes irakiens se sont prononcés en faveur de l’indépendance. Cependant, ce référendum n’a pas été accepté par l’Irak et les pays voisins. Depuis, la région continue donc de plaider pour son indépendance. On vous met une carte pour voir les limites de la région du Kurdistan et la répartition des zones de peuplement kurde entre les pays.

Sur place, on remarque rapidement que les Kurdes sont vraiment totalement différents des arabes irakiens. Tout d’abord, leur langue est le kurde. Nombre d’entre eux ne comprennent même pas l’arabe bien que ce soit la langue officielle de l’Irak avec le kurde. À Erbil, l’influence arabe est fortement présente (due à la présence de nombreux irakiens de Bagdad et du sud et de réfugiés syriens), et l’on a pu parfaitement se débrouiller grâce à notre arabe. Par contre, à l’extérieur de cette ville, on a eu plus de mal à communiquer car rare sont ceux qui pouvaient réellement parler anglais ou arabe et notre niveau de kurde n’a jamais excédé le « bonjour, merci, au revoir » 🙂

Le drapeau du Kurdistan

Qu’est-ce que l’on a fait ?

Il y a beaucoup à faire dans la région ! Nous avons passé deux semaines sur place mais on aurait pu passer bien plus de temps si on avait voulu tout faire (mais on préfère la qualité plutôt que la quantité) 😉

Voyages et rencontres

Alors évidemment, on a principalement voyagé dans la région. On a presque toujours dormi chez l’habitant et ce grâce à Couchsurfing (une application d’hébergement gratuite chez les habitants locaux). À Erbil (la capitale de la région), on était chez des Syriens qui ont fui la Syrie, à Halabja avec un couchsurfer et sa famille, à Koya avec des amis d’amis montagnards, à Soran avec un couchsurfer, à Choman avec la famille d’une amie d’un ami… On a pu tester la nourriture kurde (on recommande fortement le biryani kurde !), échanger sur le Kurdistan et l’avenir de la région, explorer la région à travers ses habitants. Bref, on a fait plein de rencontres supers et pour nous, c’est un des paramètres les plus importants dans le voyage :). L’hospitalité kurde nous a vraiment facilité le voyage car par contact de contact, on trouve toujours quelqu’un qui habite à l’endroit où l’on va et qui va nous aider.

Sinon pour les visites, on a beaucoup aimé la citadelle d’Erbil qui est l’une des villes les plus vieilles du monde toujours habitée. On vivait à Erbil dans le quartier chrétien de la ville (Hankawa). C’était assez impressionnent car vu que c’était juste après Noël, il y avait des décorations de Noël de partout et croyez-nous, beaucoup plus que chez nous ! Sinon, la visite de la région frontalière avec l’Iran de Hawraman était passionnante dans le cadre de notre projet. En effet, cette frontière est connue pour son trafic illégal : les trafiquants font des allers-retours entre l’Irak et l’Iran avec des produits interdits là-bas (principalement des biens de la vie de tous les jours introuvables en Iran à cause des sanctions internationales contre le pays mais aussi de l’alcool). C’était dingue de pouvoir voir ce trafic avec des Iraniens kurdes qui remontaient la montagne pour éviter les contrôles iraniens. Les trafiquants reviennent généralement avec de l’essence en provenance d’Iran (à moins de 5 centimes le litre, on comprend le fait de ne pas revenir les mains vides) et nos amis ont donc fait naturellement le plein dans cette région. Après une brève visite de Souleimaniye, deuxième ville de la région, nous nous sommes dirigés vers les montagnes Kurdes, au nord est du pays.

Montagnes

Les montagnes du nord de l’Irak sont vraiment splendides. A Choman, renommé le « Chomanix » du coin, le relief est escarpé, alpin, sauvage… De plus, c’est le point de départ de l’ascension du mont Halgurd, plus haut sommet du pays à 3607m d’altitude, devenu notre défi en ce début d’année. En réalité, le plus haut sommet est le Cheekah Dar qui fait office de frontière entre l’Irak et l’Irak, culminant 4 mètres plus haut que le Halgurd. L’impossibilité de le faire en raison d’un poste frontière iranien à son sommet fait que le Halgurd est communément présenté comme le plus haut d’Irak.

On a constitué une petite équipe pour y aller, on avait besoin de contacts kurdes pour passer les checkpoints militaires et savoir la localisation des mines. Voici un petit récit de notre ascension le 7 janvier. Réveil aux aurores et départ à 4h du matin !

La montée est très longue, normalement cela se fait en deux jours, mais avec Marie on a préféré partir tôt et le faire à la journée pour ne pas à avoir dormir trop haut et qu’il fait très froid là haut. On a chaussé les skis de randonnée vers les 2900m d’altitude et on a remonté un joli couloir. Si les considérations techniques vous intéressent, on a créé une sortie sur un site de montagne (l’itinéraire et notre sortie).

Nous sommes tous arrivés au sommet vers les 13h puis après une heure de photos à n’en plus finir, voire plus (nos amis auraient pu passer encore une heure de plus à en faire 😀 ), nous sommes descendus. On a beaucoup attendu avec Marie le reste de l’équipe car on était à skis et eux à pied haha donc on est arrivé au village de Choman seulement à 19h30. C’était une très longue journée mais ça en valait vraiment la peine, faire le plus haut sommet d’Irak, ça n’arrive pas tous les jours et c’était trop BEAU ❤

Après, nous sommes restés au Chamonix du coin chez la famille d’une amie et avons visité les environs avec eux. Le village est au milieu de toutes ces belles montagnes et cela nous a donné pleins idées d’autres ascensions à ski pour le futur 😉 (qui restent malheureusement compliquées en raison des mines). Enfin, après la visite de Soran, nous sommes rentrés à Erbil pour prendre un bus vers la Turquie et après 37h, on a fini par bien arriver à Istanbul !

Des grosses avancées pour le projet !

 Pour notre projet, la visite du Kurdistan Irakien était vraiment top. On a pu faire de la recherche sur la spécificité de la région du Kurdistan irakien, qui représente presque un pays dans un pays.

. L‘exploration des frontières et l’ascension du sommet Halgurd ont été un point fort du voyage car c’était un objectif qui nous semblait difficilement réalisable. La clé de la réussite a été la préparation à l’amont de l’ascension en trouvant des personnes qui ont pu nous aider à obtenir toutes les informations récentes et les autorisations militaires. Ils nous ont également aidé à éviter les champs de mines. Nous avons aussi dû skier sur la réserve car en cas d’accident, les secours sont très limités (les secours en hélicoptère sont presque impossibles du fait de la sensibilité de la zone, à proximité avec la frontière iranienne).

 Nous avons écrit un article sur des sites de montagne (camptocamp et skitour) pour rendre la région plus accessible. En effet, les infos sont très rares sur ce sommet, donc cela permettra à des étrangers d’organiser ce genre d’aventure plus facilement et surtout, cela donnera peut-être envie à d’autres de venir !

 Nous avons rencontré aussi les professeurs de la faculté de Sciences Politiques et de Relations Internationales de l’université de Soran en Irak car notre université Sciences Po Grenoble a récemment signé un partenariat afin d’échanger sur leur système universitaire et sur la situation régionale.

La suite de l’aventure dans les Balkans !

Nous écrivons cet article depuis la Bulgarie ! Après avoir rejoint Istanbul et pris le reste de nos affaires, nous avons pris un autre bus direction les Balkans. La saison d’hiver a commencé et nous avons plein de sommets de the CBMT à gravir ici.

Noël à Istanbul

Voici quelques nouvelles de notre projet depuis son commencement !

Nous avons quitté la France mi-octobre direction la Croatie. Nous avons finalement pris un bus car la problématique des tests et quarantaine ne nous permettait pas de passer par la Suisse, l’Italie ou l’Autriche.

ASCENSION DU DEUXIEME SOMMET DE THE CBMT EN CROATIE !

Nous avons gravi le Dinara, deuxième sommet de the CBMT, plus haut sommet de la Croatie et jouxtant la frontière bosnienne. C’est une zone très intéressante puisque le sommet se trouve dans la région de Knin, qui a été le lieu d’intenses combats durant la dislocation de la Yougoslavie. En effet, après la proclamation de l’indépendance Croate, les forces Serbes de l’Armée populaire yougoslave envahissent les territoires où les Serbes représentent une forte minorité. Ils créent ainsi la Répbulique serbe de Krajina, territoire autoproclamé dont la capitale est Knin. Celui-ci sera par la suite reconquis par la Croatie en 1995 provoquant l’exode de nombreux Serbes. Les vestiges de ces guerres sont visibles tout le long de la randonnée vers le Dinara : tanks abandonnés, barbelés et obus jonchent les flancs de cette montagne. 

DE LA GEOPOLITIQUE DES FRONTIERES EN TURQUIE !


Ensuite, la Covid a fortement remonté en Europe, nous obligeant à prendre une décision. En effet, les frontières terrestres dans les Balkans ont fermé, nous empêchant de continuer l’aventure dans la région. Nous avions peur de devoir être soumis à un confinement, chose évidemment compliquée (et pas très drôle) en étant étrangers, nomades et sous la tente !
En Turquie la situation semblait plus stable. Nous avons alors réussi à nouer un partenariat avec un Institut de recherche à Istanbul, nous donnant l’opportunité de faire des recherches en Border Studies sur le Mont Ararat, un des sommets de the CBMT. L’excitation retrouvée, nous avons filé vers la Turquie. Nous en avons profité pour randonner en Turquie, en Cappadoce et le long de la voie Lycienne (au bord de la mer Méditerranée) avant de passer le mois de décembre à Istanbul pour travailler sur le mont Ararat. En effet, plus haut sommet turc, symbole arménien, ascension interdite depuis 2015, l’Ararat est un sujet passionnant !

UNE ADAPTATION AU COVID PAS SI MAL FINALEMENT !

Compte tenu de la situation actuelle, on doit dire que le stop n’a pas toujours du succès. C’est même plutôt dur et on comprend que les personnes n’aient pas envie de prendre dans leur voiture deux jeunes inconnus qui pourraient avoir la Covid donc quand ça marche, on en profite et puis quand ce n’est pas possible, on s’adapte et on prend les transports locaux.

L’autre adaptation, c’est les étapes de the CBMT puisque nous sommes très peu restés dans les Balkans mais la bonne nouvelle c’est que nous avons prévu d’y retourner cet hiver pour gravir les sommets ainsi qu’étudier les problématiques des frontières dans les Balkans.

Enfin, toute l’aventure n’est que flexibilité, puisque nul ne sait quelles seront les frontières ouvertes au cours des prochains mois ! Finalement, cela ne fait que renforcer le côté aventureux puisque il est encore plus difficile de prévoir de quoi sera faite cette nouvelle année. 

Noël sera à Istanbul ! Le 27, on part pour de nouvelles aventures hors de Turquie mais on ne vous en a dit pas plus pour le moment. Tout ce qu’on peut vous dire, c’est que ce n’était pas au programme de the CBMT (comme quoi, l’adaptation a du bon !)

Le GR5

Depuis le 13 septembre, nous faisons le GR5 du lac Léman à la mer Méditerranée.

Au programme : 25 étapes sur plus de 600 kilomètres, 38000 mètres de dénivelé, 11 massifs et 3 pays 🇫🇷🇮🇹🇨🇭

Nous traverserons quelques frontières et sommets très intéressants. Également, dans le Mercantour, nous suivrons la frontière franco-italienne sur plusieurs jours ! Nous publierons quelques posts à ce sujet et donnerons des nouvelles sur notre Instagram.

➡️ Rendez-vous sur Instagram pour pouvoir suivre le début de l’aventure thecbmt : https://instagram.com/the_cbmt

N’ayant pas d’ordinateur ni beaucoup de réseau, ce sera le seul moyen pour avoir des nouvelles en direct !